Jean-Bernard Sempastous, de La Passerelle à l’Assemblée nationale

Thomas Simonian | | ,
sempastous député (1) | Mon Journal Local
Jean-Bernard Sempastous et ses montagnes - Photo : DR
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Engagement. En ce samedi matin la neige tombe sur Bagnères, comme un appel aux Fêtes de Noël. Jean-Bernard Sempastous est seul dans sa permanence, déjà au travail. Il nous reçoit dans la convivialité et prépare le café. Nous ne le savons pas encore, mais nous allons entrer dans un long échange, vrai et éloigné de la tradition journalistique locale. L’occasion de retracer une vie (la famille, les amis, Bagnères, Rolland Castells, Emmanuel Macron), mais aussi de parler politique (les guerres de clocher à Bagnères, la future campagne présidentielle …). Celui qui a été maire de Bagnères-de-Bigorre de 2013 à 2017 et qui se prépare sans le dire à une nouvelle campagne législative pour 2022, aborde avec nous tous les sujets avec un mélange réel de conviction, de stratégie mais aussi d’une certaine timidité voire de pudeur. Le reflet d’une personnalité …

Il y a une certaine nostalgie quand le député d’aujourd’hui revisite son Bagnères d’antan : « J’ai le souvenir d’une ville jeune avec beaucoup d’enfants. Je me revois à l’école primaire Jules Ferry … Nous étions très nombreux et il y avait deux classes par niveau. » Et de se replonger dans un moment de vie heureux, plutôt insouciant : « Je vivais au bloc de ce que l’on appelle ici La Passerelle. Dans ces immeubles il y avait alors des familles plutôt de fonctionnaires … Nous vivions au deuxième étage et je descendais le plus souvent possible pour jouer au foot avec les copains. On a ensuite déménagé pour aller vivre jusqu’à ma majorité en face des usines Soulé. Rendez-vous compte qu’à l’époque la sortie des usines c’était plus de mille ouvriers qui étaient en vélo ou à pied ; c’était impressionnant pour les ados que nous étions. » Pour celui qui en a été l’édile, l’histoire avec Bagnères se résume en une belle histoire d’amour : « Cette ville est un écrin, une pépite que l’on pourrait comparer à Argelès-Gazost. Il y a une Histoire, une architecture, une situation géographique et une ambiance qui font que cette ville respire un air particulier, qui envoûte … Bagnères qui avait économiquement souffert, s’est réveillée avec Rolland Castells (maire de 1989 à 2013), même si aujourd’hui certains détracteurs semblent l’oublier. C’est un maire qui a été visionnaire et qui a pensé la ville du futur. Il faut maintenir ce réveil, et faire venir à nous de nouvelles populations. Nous l’avons d’ailleurs observé avec l’épisode du Covid, ce territoire a tout pour devenir très attractif. Il y a une vraie carte à jouer dans les années qui viennent ! Nous avons aujourd’hui beaucoup de retraités, plutôt aisés, qui viennent couler des jours heureux chez nous … C’est une bonne nouvelle pour Bagnères et ses environs, mais je rêve aussi d’un territoire qui puisse accueillir de nouveaux emplois et de jeunes couples. C’est un vrai défi collectif à relever pour l’avenir. »

La politique, un engagement pour un territoire

Jeune, Jean-Bernard était très engagé, militant et actif, dans les associations culturelles et sportives de la ville. C’était également le temps de l’éveil politique : « Je commençais à m’intéresser à l’actualité et à avoir des pensées sociétales. Il y avait des sujets et des concepts qui m’intéressaient déjà beaucoup comme l’Europe et l’Humanisme. J’étais convaincu que personne ne pouvait détenir une vérité, et qu’il fallait tout écouter et tout prendre en compte. » Le jeune homme d’alors décide de prendre une carte politique, celle du CDS (Centre des démocrates sociaux), un parti fondé par un certain Jean Lecanuet, et dont les disciples auront été Dominique Baudis, Pierre Méhaignerie, Jacques Barrot ou bien encore le Lourdais Philippe Douste-Blazy : « Le centre m’a toujours séduit en politique. C’est la pratique du respect de l’autre, de la pondération, de l’équilibre et de la recherche d’un certain consensus. » La vie politique à Bagnères et l’arrivée au CDS sont aussi synonymes de rencontre avec Rolland Castells. Il y a d’ailleurs une certaine émotion dans le verbe lorsque Jean-Bernard évoque cette tranche de vie : « Il était mon voisin à l’époque et je savais qu’il faisait de la politique. Il était alors élu dans l’opposition, on a vite sympathisé et avec le temps nous sommes devenus très proches. Il y avait une relation quasi filiale et une confiance réciproque. C’est lui qui est venu me chercher, et qui m’a proposé de m’investir à ses côtés … En 1989, j’ai participé activement à la campagne municipale, j’étais une petite main, un colleur d’affiches. Mais j’avais alors refusé d’être sur la liste car je n’étais pas prêt, je venais de me marier et j’étais étudiant. Le contexte ne s’y prêtait pas. En revanche en 1995, j’ai accepté d’être sur la liste et j’ai donc été élu à ses côtés. »

« Rolland Castells : il y avait une relation quasi filiale et une confiance réciproque »

Jean-Bernard SEMPASTOUS

Maire mais toujours avec le mentor en tête

« J’ai été maire dans des conditions qui ont marqué ma vie » reconnaît Jean-Bernard Sempastous, qui a été élu en 2013 suite au décès brutal de Rolland Castells. « Ce jour-là j’ai pris dix ans de plus … On venait d’apprendre que celui qui était pour moi inébranlable venait de disparaître d’une crise cardiaque. Les obsèques de Rolland ont été un moment suspendu. » Comme une cicatrice de l’intime. « En peu de temps, nous avons dû nous organiser en conséquence, et surtout préparer les élections municipales suivantes qui arrivaient quelques mois plus tard. » Et en 2014, Jean-Bernard Sempastous sera réélu maire comme dans un fauteuil : « Personne n’avait misé sur moi, toute l’opposition m’avait largement sous-estimé. Il y pourtant eu au final une large victoire, sans doute due à une certaine fidélité à l’action de Rolland Castells. » Les Bagnérais ont sans doute alors loué la célèbre citation de Georges Simenon : « La bonne cuisine, c’est le souvenir ». Il y a un vieux cliché dans la vie politique française qui nous renvoie à une maxime : « Le mandat de maire est le plus beau des mandats. » L’ancien locataire de l’Hôtel de Ville de Bagnères qu’il est tente de nous expliquer cette pensée : « C’est un mandat en direct. Pour les citoyens le maire est responsable de tout et tout le temps. Il y a une vraie proximité avec la population, et les actions sont le plus souvent concrètes. » Puis Jean-Bernard Sempastous nous fixe avec malice pour ajouter, « rassurez-vous le mandat de député c’est pas mal non plus … » Aujourd’hui la situation politique est plutôt tendue à Bagnères avec un bras de fer entre le maire, Claude Cazabat, et le président de la communauté de communes, Jacques Brune. Celui qui est aujourd’hui député a son avis sur ce contexte local explosif : « En tant que député je me dois d’être au service de tous les citoyens mais aussi de tous les élus, tous bords politiques confondus. Mon souhait est que chacun fasse un pas vers l’autre car la situation ne sert personne en réalité. Je ne cache pas que Jacques Brune est un ami de longue date, et qui était un fidèle de Rolland Castells il ne faut pas l’oublier ! Quant à Claude Cazabat, ma porte lui est toujours ouverte pour travailler sur les dossiers … J’assume ne pas prendre partie pour l’un ou pour l’autre, et je souhaite vraiment que tout le monde puisse un jour travailler ensemble. C’est l’intérêt de Bagnères et de tout un territoire qui est en jeu. »

Emmanuel Macron avec Jean-Bernard Sempastous – Photo : Facebook

Macron a tout bousculé

Jean-Bernard Sempastous est le député de la première circonscription des Hautes-Pyrénées depuis 2017 : « Une nouvelle fois je n’étais pas attendu, et pas grand monde ne doutait au départ de la victoire d’un certain Jean Glavany. Et pourtant … » Derrière ce succès électoral, pour lequel il a dû lâcher la mairie de Bagnères, se cache l’arrivée tonitruante d’Emmanuel Macron dans le paysage politique français. Le nouveau Président de la République, dans un style détonnant qui allie une pratique jupitérienne du pouvoir avec une ambiance « start-up », a fait élire dans son sillage beaucoup de nouveaux visages : « Je l’ai vite soutenu, et je n’ai pas vraiment hésité d’ailleurs. Mais la victoire n’était prévisible pour personne, je pensais même sincèrement au début que c’était pour le coup d’après … Il a une vraie force. Il ne doute pas, et c’est un chef. » Chacun le sait, entre Bagnères et le Président Macron il existe un lien fort, affectif et familial. Jean-Bernard a été le témoin parfois privilégié de cette relation : « S’il y a une ville qui lui est chère, c’est Bagnères ! Quand il parle de notre commune, son regard change et s’illumine. Quand on lui fait remonter des notes concernant les Hautes-Pyrénées ou Bagnères en particulier je sais qu’il va les lire avec attention. » Aujourd’hui le député Sempastous ne pense pas encore à sa réélection (les élections législatives auront lieu en juin 2022), du moins officiellement, et a le nez sur le guidon avec un objectif en tête … la Présidentielle : « Emmanuel Macron a fait le job. Il a tenu bon en traversant comme un roc des crises inédites, les Gilets Jaunes puis le Covid. Sa majorité a réformé tant au niveau économique que social … Je pense sincèrement que la France a une nouvelle fois besoin d’un Président comme Emmanuel Macron, tant les secousses à venir vont être violentes. Nous commençons à nous structurer et à nous organiser dans les Hautes-Pyrénées pour faire campagne et pour défendre le bilan. Je vous annonce qu’un Comité de soutien départemental se met d’ailleurs en place, et qu’une communication sera faite dans les jours qui viennent. Des personnalités importantes vont nous rejoindre. » Nous n’en saurons pas plus pour le moment … Jean-Bernard Sempastous préfère ménager l’effet de surprise.

« Emmanuel Macron a fait le job »

Jean-Bernard SEMPASTOUS

Maire, député … des mandats chronophages qui influent sur la vie personnelle

Durant cet entretien le député a fendu l’armure, et nous a également livré une partie de son livre intime : « La politique c’est une passion et comme toute passion elle est dévorante. Être maire puis député, c’est être le plus souvent loin des siens. Il est très compliqué de concilier l’exercice de ces mandats avec la vie familiale, avec les moments passés avec ses amis etc. Les citoyens ne se rendent pas toujours compte de l’investissement des élus, et ce que j’entends ou ce que je lis çà et là n’est pas toujours juste. Il faut savoir encaisser. Vous savez quand on est maire ou député, on se retrouve souvent seul face à des décisions importantes à prendre … La politique est un milieu très difficile, mais j’ai la chance de pouvoir compter sur des amis sincères et fidèles, je pense à François-Xavier Brunet (président de la CCI), à Jacques Brune (président de la communauté de communes de la Haute-Bigorre) et à Bernard Verdier (maire de Castelnau-Magnoac, conseiller départemental). Je sais que je peux compter sur eux. On se voit souvent, ils me font remonter les informations du terrain, on échange en vérité et on partage une vision commune de la société. Mais je dois le reconnaître la vie intime des hommes politiques, c’est pas simple … (long silence). » Il nous reste encore quelques instants, le temps de nous parler de ses enfants : « Mes enfants m’ont toujours soutenu, ils se sont toujours intéressés à ce que je faisais, autant quand j’étais prof que depuis que je suis élu. J’ai d’ailleurs eu la chance d’avoir l’un de mes enfants comme élève, c’était plutôt marrant. Mes enfants sont un refuge, un jardin secret que je tente de préserver, ils sont essentiels à ma vie. Le dernier est en Fac de Droit et s’intéresse beaucoup à la politique. Je ne sais pas s’il voudra s’engager en politique, mais je sens qu’il veut être actif dans la société. Je devine qu’il n’hésitera pas à aller dans le milieu associatif, il aime la relation humaine. » Enfin avant de nous quitter Jean-Bernard Sempastous embrasse le déroulé de la mandature qui est en passe de se clôturer. Il avoue avoir adoré le travail terrain, « que de belles rencontres durant ces années. Des acteurs associatifs, culturels, économiques, agricoles … tous m’ont appris sur notre territoire mais aussi et surtout sur moi-même », mais se remémore également les cicatrices : « Durant la crise des Gilets Jaunes il y a eu des moments très difficiles. J’ai été bloqué, menacé verbalement et physiquement, voire même menacé de mort sur les réseaux sociaux. Les gens ne se rendent pas compte … Malgré les tensions, j’ai toujours tenu bon et surtout j’ai toujours été dans le dialogue. Ce moment a été le révélateur d’une incompréhension démocratique. »

Nous avons terminé notre deuxième café. Nous échangeons encore quelques mots « off » … Et dehors, derrière la fenêtre de la permanence, la neige est toujours là. Bagnères s’habille tout de blanc … Cela lui ressemble tant. Puis Jean-Bernard Sempastous nous quitte, « ma journée c’est ma mission : accompagner le territoire », et repart sur le terrain. Les rencontres, les projets, la défense de sa Haute-Bigorre, l’engagement. Sa vie.