La campagne présidentielle « m’emmerde » pour le moment

Thomas Simonian | |
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Rendons-nous compte de la pauvreté de notre débat politique contemporain, alimenté par des médias « mainstream » devenus des machines à buzz. Nous venons de vivre une semaine cathodique avec une seule phrase, signée Emmanuel Macron, en fil rouge : « Les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder. » Nous sommes ici clairement très éloignés des vertus premières du concept politique, la « Respublica » de Cicéron. Le locataire actuel de l’Élysée semble plutôt pratiquer avec talent une politique dite « moderne », plutôt proche de celle pensée par le philosophe Machiavel qui dissocie la morale de l’exercice du pouvoir. Qui met en lumière le pragmatisme. D’ailleurs ce qui est étonnant dans le traitement de cette information, c’est qu’au final personne ou presque n’aura abordé la citation la plus contestable du Président Macron dans cet échange avec des lecteurs du « Parisien » : « Un irresponsable n’est plus un citoyen. » Une sortie qui interroge sur la définition du citoyen : « Un individu considéré du point de vue de ses droits politiques ». Alors oui sans doute, pouvons-nous pointer du doigt l’égocentrisme de certains « antivax », mais en revanche nous ne pouvons pas à mon sens les mettre au ban de la société … Ils votent, ils paient leurs impôts, ils participent à la vie de la nation ; quelle drôle d’attaque de la part d’un Président censé rassembler ! Mais n’est-ce pas plutôt le candidat Macron qui a répondu à cette interview ? La réponse est sans doute dans la question.

« Jusqu’au bout il va jouer la carte du COVID »

La stratégie du Covid long

Nous pouvons donc maintenant y voir clair dans la stratégie du futur candidat Macron. Jusqu’au bout il va jouer la carte du COVID, et donc celle du père protecteur de la nation. On peut d’ailleurs légitimement comprendre cette volonté … En jouant ce rôle jusqu’au bout, il va ainsi éviter l’exégèse de son bilan et les débats sur les sujets pour lesquels il est à l’évidence moins à l’aise : l’environnement, la sécurité, les questions identitaires, la laïcité etc. Si cette stratégie peut s’avérer payante en vue du scrutin à venir, elle s’inscrit tout de même dans une logique de déliquescence de notre système démocratique. Elle risque de continuer à provoquer une abstention massive, une révolte silencieuse. Les citoyens deviennent peu à peu désengagés, ce qui fait pour le moment le bonheur à toutes les élections récentes des élus sortants, mais cela pourrait provoquer à terme une crise majeure. Pour de basses raisons électoralistes tous les candidats ne pensent qu’à diviser l’opinion à coups de punchlines clivantes, mais sans forcément penser aux lendemains qui risquent de déchanter. Depuis Nicolas Sarkozy, il y a une réelle désacralisation de la fonction présidentielle qui n’a fait que s’accentuer à travers les mandatures de François Hollande et d’Emmanuel Macron. La majorité des Français n’y croit plus, elle est désabusée et ne sait plus vraiment quoi faire pour rêver au monde de demain. L’utopie politique est tel un oasis. Macron a donc cyniquement raison, les adversaires semblent pour le moment KO, mais doit-on pour autant se réjouir de cet état de fait ? Pas certain. Il reste moins de quatre mois à cette campagne présidentielle pour enfin décoller et nous offrir un vrai débat d’idées. Doit-on y croire ?

Analyse de l’éditorialiste politique Marc Perelman