Tarbes : animateurs en colère

Thomas Simonian | | ,
Positive blindfolded girl finding other players | Mon Journal Local
Les animateurs ont des statuts précaires pour s'occuper de nos enfants - Photo : Alamy Images
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Appel au secours. Les animateurs périscolaires étaient en grève vendredi dernier. Un mouvement de fond qui met en lumière un métier trop souvent oublié par les politiques publiques, et qui travaille dans des conditions détériorées depuis plusieurs années. Salaires, statuts précaires, temps partiels, emplois du temps délirants … Il est peut-être temps pour Virginie Dominguez (CGT), coordinatrice au pôle Animation de la mairie de Tarbes, de mettre tous les sujets sur la table. Elle s’en explique dans nos colonnes.

Mon Journal Local 65 : On parle d’une situation dégradée, d’une précarité certaine et de conditions salariales difficiles pour les animateurs. Que pouvez-vous nous en dire à Tarbes ?

Virginie Dominguez : Les directeurs d’Alae (accueil de loisirs associé à l’école)  sont tous titulaires ou en cours de l’être, leurs responsabilités sont montées en charge ces dix dernières années (sur le plan pédagogique comme technique), ils assurent quotidiennement la circulation d’informations (nécessaires à une prise en charge bienveillante des enfants) aux différents personnels de l’école, et par conséquent ils aspirent à ce que ces responsabilités soient prises en compte dans leur déroulement de carrière, or à aujourd’hui la situation est bloquée.  Il est notamment difficile de concilier notre vie familiale avec nos horaires atypiques et découpées, il faut en tenir compte. Une équipe de coordination accompagne les animateurs au quotidien, et s’implique pour la remontée de ces réalités.


MJL 65 : Quel est le contenu de vos échanges avec les animateurs de la Ville de Tarbes ? Avez-vous des retours d’expérience de ces animateurs ?

VD : Les animateurs sont, pour les plus anciens, majoritairement avec des contrats à durée déterminée de 9h à 23h par semaine. Leur temps est complété par des périodes d’encadrement de sessions vacances qui pour un certain nombre permet d’atteindre un temps plein annualisé. Une vingtaine d’entre eux est toujours en attente d’une stagiairisation retardée, et pourtant annoncée à l’occasion de la dernière rentrée. Les moins chanceux attendent de combler leur temps périscolaire, en bouchant les besoins d’encadrement des sessions vacances, au coup par coup, quand la Caisse des écoles les appelle pour leur proposer du temps. Cet aspect là, annexé aux temps découpés, découragent de nombreux candidats à l’encadrement, alors qu’ils sont nécessaires.  Si l’animation doit garder une part de « vacataires », car cette ouverture permet aux étudiants ou aux personnes pour lesquelles le projet de vie se concilie avec ce temps de travail court d’y travailler, cette part devrait tout de même rester relative. Les animateurs aspirent à une sécurité de l’emploi (fin des cdd) et à un temps de travail qui permet de concilier vie familiale et vie professionnelle (ces métiers sont occupés à 70% par des femmes, même si la tendance évolue différemment ces dernières années) . Il faut aussi signaler une nouvelle fois que les responsabilités propres aux animateurs sont aussi montées en charge ces dernières années : éveil à la culture, aux sports, à la citoyenneté, à l’écologie, à l’hygiène etc. Autant d’actions déterminantes , pour des statuts relativement peu reconnus.

« La réalité c’est donc le découragement de beaucoup »

Virginie DOMINGUEZ (CGT), animatrice Mairie de Tarbes

Le constat est par ailleurs national : une pénurie d’animateurs et une pénurie d’animateurs diplômés (légalement nécessaires). Le nombre de jeunes s’inscrivant au Bafa ( titre permettant d’exercer en qualité de diplômé) est en chute depuis plusieurs années. Les organisateurs de séjours de vacances peinent à recruter, et le recours aux contrats d’engagement éducatif est rédhibitoire pour les jeunes souhaitant gagner un peu d’argent pendant leurs vacances. Chez nous, il manque environ une dizaine d’animateurs à chaque rentrée par manque de candidatures adaptées. Et ce, malgré l’arrivée sur le marché de l’emploi des premiers Bac Pro « Animation ». La réalité c’est donc le découragement de beaucoup dû au découpage des temps d’encadrement et à la précarité des contrats proposés. Nombre d’animateurs, pourtant motivés et compétents, quittent rapidement cette précarité du métier pour des CDI dans d’autres secteurs comme la grande distribution. Cela crée un turnover important et régulier qui épuise les directeurs et fragilise les enjeux éducatifs et de sécurité des accueils.


MJL 65 : Quelles sont vos revendications, et surtout vos propositions ?

VD : Nous avons des propositions fortes et concrètes :

– un plan de résorption de la précarité , avec moins de recours aux cdd et une réflexion sur la limitation des coupures et l’articulation du temps de travail pour rendre ces postes attractifs sur long terme 

– un maintien des taux d’encadrement non dérogatoires, 1 pour10 pour les maternelles et 1 pour 14 pour les écoles élémentaires. Depuis la loi sur les rythmes scolaires les communes appliquant un « Projet Éducatif de Territoire » peuvent l’élargir de façon dérogatoire à 1 pour 14 en maternelle et à 1 pour 18 dans les établissements élémentaires. La ville de Toulouse et de nombreuses autres communes appliquent déjà le taux dérogatoire, et l’Association des Maires de France pousse à sa généralisation. A Tarbes, pas encore, mais il permet à la Caisse des écoles de palier à l’absence ponctuelle d’animateurs, tout en restant dans la légalité des taux dérogatoires. Nous craignons, dans un contexte de réduction de moyens dans les collectivités, que le taux dérogatoire devienne donc la norme.

– une coordination à l’échelle locale de la question du handicap en lien avec la loi Handicap Inclusion. Le gouvernement souhaite rattraper son retard en matière d’inclusion, c’est louable mais il ne peut s’appuyer que sur la bonne volonté des équipes. Les animateurs réclament plus de formations, et de soutien sur ce sujet pour accueillir les enfants dans les meilleures conditions.

–  une politique éducative locale réactualisée au contexte actuel, avec des temps de concertation équipes enseignants /équipes périscolaires. Le feu ministère de la jeunesse et des sports (qui comprenait l’éducation populaire), ayant été intégré à celui de l’Education nationale, nous souhaitons qu’un minimum de moyens soient reconnus afin de coordonner les projets d’école aux projets pédagogiques périscolaires, pour une véritable cohérence éducative, et complémentarité des acteurs au service des enfants. Cette cohérence ne peut pas être relative au degré de volontariat de chaque acteur, et doit s’appuyer sur des temps minimums de concertation reconnus.

Pour conclure : Certains enfants passent  de 1h à 11h par jour / 130 à 200 jours par an en accueils de loisirs. Ces accueils ont démontré leur importance pour l’éducation des enfants, leur complémentarité avec l’école par le réinvestissement d’apprentissages fondamentaux et transversaux, au travers de différents projets citoyens, environnementaux, sportifs, culturels. 

Vendredi, nous avons donc souhaité à Tarbes soutenir le premier appel national à la grève des animateurs de l’Histoire, et ainsi alerter sur la situation de notre métier au service des familles. Un métier jeune, aux nombreuses responsabilités, qui est devenu  aujourd’hui un service public de proximité incontournable pour les familles. Mais il est déjà confronté à une désaffection en raison de sa précarité, et de sa transparence dans le « paysage éducatif français ».