Tarbes : le ton monte entre dealers et policiers

Thomas Simonian | | ,
Police car in Nice, France | Mon Journal Local
Des policiers menacés à Tarbes, la réalité rattrape la fiction - Photo : Alamy Images
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Violence. Depuis plusieurs semaines les faits divers liés au trafic de stupéfiants se multiplient à Tarbes, mais vendredi dernier nous sommes entrés dans un nouveau type de guerre entre dealers et policiers. « Ce qui s’est passé démontre que les forces de l’ordre sont aujourd’hui en danger, à Tarbes comme ailleurs », nous confie Nicolas Cabos du syndicat de police SGP FO 65. Explications et récit.

Le récit fait froid dans le dos, il est même digne d’un scénario d’ Olivier Marchal. Plusieurs membres de la BAC (brigade anti-criminalité) tarbaise prennent comme d’habitude leur service vendredi soir … Il allument alors leurs téléphones professionnels et y découvrent des sms et des messages vocaux inquiétants, menaçants, insultants : « Il s’agit d’intimidations claires proférées par des voyous qui ne supportent plus l’action des forces de l’ordre à leur encontre. Mais en l’occurrence nous sommes là face à des actes d’une extrême gravité, et nous n’avions jamais connu à Tarbes de tels faits. C’est une première », explique Nicolas Cabos, secrétaire départemental Unité SGP Police, que nous avons contacté. Car en effet, il ne s’agit pas ici seulement de simples menaces envers des policiers : « Ces voyous ont utilisé dans leurs messages des données personnelles réelles qui concernent les agents visés. Ils ont tenu des propos avec des points précis sur la vie privée et sur les familles des policiers, cela fait froid dans le dos. »

Un guet-apens à Laubadère

Parmi ces messages il y avait également une vidéo qui simulait une bagarre, comme un appel à se rendre sur place en plein cœur du quartier Laubadère, « mais il s’agissait d’un piège, d’un véritable guet-apens. Il y a eu un franchissement de certaines limites. » Le constat est donc sans appel : la violence est donc montée d’un cran à Tarbes, et à l’instar d’autres villes moyennes qui ont été sous les feux des projecteurs ces derniers jours (Alençon, Briançon, Savigny-le-Temple etc.), ce sont désormais les forces de l’ordre qui sont visées directement et parfois intimement. Ces policiers tarbais de la BAC ont depuis déposé plainte samedi soir et le procureur de la république a été saisi : « L’enquête est ouverte, les investigations lancées et nous pouvons espérer des interpellations de manière assez rapide. »

Une guerre qui ne pas son nom

Nicolas Cabos est aujourd’hui un policier en colère : « Cela fait plusieurs mois que nous alertons sur une violence à notre encontre qui ne cesse d’augmenter. La semaine dernière nous avions déjà mené une opération délicate dans le quartier Mouysset, et l’un de nos collègues avait reçu un œuf en plein visage. Et la prochaine fois ce sera quoi ? Nous ne pouvons plus accepter que des policiers soient mis en danger, mais plus grave que leurs familles soient également devenues des cibles. »

« Les familles des policiers sont également devenues des cibles »

Nicolas CABOS (SGP POLICE)

Pour ce responsable syndical de la police, les explications de cette montée crescendo d’une haine anti-flics sont assez simples à analyser : « Le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin, et c’est une bonne chose en soi, a déclaré la guerre aux trafiquants de drogue dans les quartiers. Il a même fixé des objectifs en la matière aux directeurs départementaux de la sécurité publique. Il y a donc de plus en plus d’actions sur le terrain, des saisies, des interpellations, et les policiers sont de plus en plus visibles … Nous gênons les points de deals et cela génère en conséquence de nouveaux comportements de la part des trafiquants. Ils ripostent de plus en plus et nous provoquent. » Et Nicolas Cabos d’ajouter : « Que les choses soient claires, nous n’avons nullement peur et nous allons continuer à faire notre travail avec détermination. Mais en revanche nous demandons à l’État de nous protéger, nous et nos familles. Nous ne sommes pas payés pour que nos épouses et nos enfants soient ainsi menacés, et que nos données personnelles circulent dans les quartiers … Certains collègues ont légitimement peur, et ce n’est pas une situation acceptable. » Enfin ce syndicat de police demande «  des sanctions lourdes et claires pour les auteurs de ces faits, et l’anonymat des policiers sur les procédures administratives. Il doit y avoir de vraies réponses pénales à ce type de faits, le tirage d’oreilles a assez duré. Nous devons mettre un terme à une justice d’un autre temps. II faut une politique pénale adaptée à la réalité du terrain. Au risque qu’un jour la rue prenne le dessus … Nous n’en sommes pas encore là, mais il est de notre rôle d’alerter sur la situation que nous vivons quotidiennement. Il est encore temps d’agir. » Nicolas Cabos ne baisse donc pas les bras, bien au contraire.