Thierry Lavit : « Je suis en mission pour ma ville, pour le renouveau de Lourdes »

Thomas Simonian | | ,
lavit 1 | Mon Journal Local
Thierry Lavit ambitieux pour sa ville avec le plan "Avenir Lourdes" - Photo : MJL 65
Temps de lecture : 5 minutes

Lourdes forever. Depuis son élection à la tête de la ville de Lourdes, Thierry Lavit a indiscutablement imposé un style. L’homme ne se cache pas, bien au contraire : « Plus ça tape, plus j’aime ça ! Je suis un homme libre, en mission. » Derrière ce caractère bien trempé se cache pourtant un parcours de vie, une vraie cicatrice, qui expliquent sans aucun doute qu’aujourd’hui l’édile de la cité mariale nous conseille la lecture de l’essai « Le premier jour de ma nouvelle vie », tout en ajoutant : « Je n’ai rien à perdre et je donne tout pour ma ville. Si à la fin du mandat les électeurs ne sont pas satisfaits ce ne sera pas une fin en soi … Je reprendrai ma moto pour parcourir le monde. » Un personnage entier et visionnaire : « Je fourmille d’idées pour changer cette ville, et croyez-moi elle va changer ! ». Le maire de Lourdes a donc fixé le cap et nous a ouvert les portes de son bureau pour nous faire partager son ambition et ses nombreux projets. Un entretien qui n’élude rien, même pas le sujet polémique du moment, celui de l’hôpital commun. Thierry Lavit en vrai.

Mon Journal Local 65 : En juin 2020, date de votre élection à la mairie, dans quel état avez-vous trouvé Lourdes ?

Thierry Lavit : On va se dire les choses en toute transparence, c’était le « crash » avec 85% de chiffre d’affaires en moins pour nos entreprises ; Lourdes était une ville morte. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 3 229 000 nuités en 2019, 476 000 en 2020 et 738 000 à fin août 2021. Rendez-vous compte de l’impact de ces chiffres sur nos 137 hôtels, 95 restaurants et un peu plus de 200 commerces. Dès mon arrivée avec toute la nouvelle équipe municipale, nous avons analysé le plus finement possible la situation pour préparer nos premières actions concrètes. Et très vite nous avons pu compter sur deux personnalités qui ont été déterminantes pour entamer la reconquête : la députée Jeanine Dubié et le secrétaire d’état au Tourisme Jean-Baptiste Lemoyne. Ce dernier était venu à Lourdes dès le mois de mars avant même le premier tour de l’élection municipale, au tout début de la crise du Covid. Il avait anticipé ce qui allait se passer et il a très vite actionné de nombreux leviers pour nous soutenir … La clé aura d’ailleurs été le comité interministériel du tourisme qui a eu lieu en mai 2020, car au départ de cette initiative seuls la Corse et les Dom-Tom devaient être soutenus. Au final, et en liaison avec Michel Pélieu (président du département des Hautes-Pyrénées) et Jeanine Dubié, Lourdes est bien entrée dans ce plan tourisme avec toutes les aides qui en découlaient … Il y a eu 141 millions d’euros versés à ce jour au titre du plan d’accompagnement pour la relance de la Ville de Lourdes, avec surtout un plan de sauvetage pour notre tissu économique.

MJL 65 : Que vous a appris cette crise sur votre ville ?

TL : La crise inattendue du Covid nous a ouvert les yeux sur les faiblesses de notre modèle. En réalité nous vivions depuis trop d’années sur une économie mono-segmentée, et Lourdes était une « belle endormie ». Il y avait un écosystème qui fonctionnait à plein mais qui avec le recul ne s’était jamais remis en question … Le Covid a en fait révélé que Lourdes n’avait pas de plan B ! J’ai donc décidé dès le départ « de prendre le taureau par les cornes », de travailler à la diversification de notre modèle économique et de redessiner la ville. Je souhaite que Lourdes devienne « la » destination, et que les touristes ne soient plus uniquement de passage. Enfin, il est aussi essentiel de se donner les moyens d’attirer de nouveaux habitants, de nouvelles entreprises et de nouveaux commerces dans notre ville. Le tourisme ne doit plus être la seule ressource de la ville. Cette crise nous donne l’opportunité de rebondir et de grandir.

MJL 65 : Vous donnez le sentiment de vouloir tout chambouler, de vouloir tout changer ?

TL : Mais oui ! J’ai cette envie de tout changer, je déborde d’ambition pour ma ville car Lourdes en a besoin plus que jamais … Nous devons mieux accueillir les visiteurs, attirer de nouvelles clientèles et de nouveaux habitants. Il ne faut surtout pas commettre de nouveau l’erreur de tout centrer sur le tourisme car le résultat de ces dernières années c’est aussi la perte de 6000 habitants en quinze ans ! Lourdes doit impérativement redevenir attractive, se moderniser et se numériser. Il y a un sacré chantier qui nous attend, et avec mon équipe nous avons dégagé des axes de travail : le continuum – développer le socle de notre économie en partenariat étroit et sincère avec le Sanctuaire, pourquoi pas travailler à faire entrer nos basiliques au Patrimoine Mondial de l’UNESCO -, la complétion – il s’agit là de doter Lourdes d’un plan B pour éviter de nouveaux crashs dans l’avenir, de compléter l’offre actuelle et surtout de ne pas s’en satisfaire – et enfin la diversification – avec le développement de nouvelles économies. Ce véritable projet de territoire doit également s’articuler autour de valeurs fortes : espoir, espérance et résilience.

« Il y a un sacré chantier qui nous attend »

Thierry LAVIT

MJL 65 : Vous communiquez beaucoup comme s’il fallait montrer qu’il se passe enfin quelque chose à Lourdes …

TL : La détermination ça se communique ! Je suis en mission pour ma ville, j’en suis l’ambassadeur, le VRP … Je suis le capitaine d’une équipe qui veut gagner le match. La réussite de ce mandat est essentielle pour l’avenir de Lourdes, et je suis pleinement conscient de l’enjeu. Je fais feu de tout bois, je suis sur tous les fronts et je ne lâcherai rien jusqu’au bout. On va retourner la ville !

MJL 65 : Mais n’est-il pas complexe d’être Maire de Lourdes quand on sait qu’il faut savoir composer avec le Sanctuaire, le Diocèse et les hôteliers ?

TL : En fait la réponse est dans votre question (sourire) … Il y a derrière cette interrogation des mois de réunions, d’échanges et de concertation avec chacun de ces acteurs, qui vous avez raison sont essentiels au vivre-ensemble dans notre ville. Il a fallu que je trouve le bon positionnement, tout en respectant le rôle de chacun. Mais le score que nous avons réussi à atteindre avec toute mon équipe (59,77%) lors de la dernière élection municipale m’a permis d’avoir une certaine légitimité dans les discussions … Suite à cette campagne, chacun connaissait les points forts que nous souhaitions mettre en avant pour changer la ville : davantage d’animations, la mise en place d’une vraie « Politique de la Ville » et entrer dans une réelle logique de transition écologique. J’ai désormais le sentiment que nous allons tous dans la même direction, et que tout le monde a envie de sortir de ce « crash » économique. Il faut embellir la ville, la piétonniser, la rendre plus verte, plus accueillante, et enfin s’offrir un parc hôtelier modernisé. Nous devons avoir une ambition partagée, et trouver un juste équilibre entre le tourisme spirituel international et le développement de filières économiques pyrénéennes. Pour arriver à ce que chacun ait envie de suivre la dynamique municipale, il a fallu 1- rassurer 2- fédérer … En fait comme je vous l’ai dit je souhaite vraiment être le capitaine de l’équipe de Lourdes. Une équipe qui s’inscrit dans un territoire, « Lourdes Cœur des Pyrénées ».

MJL 65 : Pourquoi parlez-vous souvent des Pyrénées de manière globale ?

TL : Car l’un des enjeux majeurs pour Lourdes est de reconnecter son rayonnement international avec son environnement pyrénéen. Cela nous permettra de « marketer » davantage, d’augmenter notre attractivité et de faire du pèlerin un touriste. Nous devons absolument valoriser notre environnement exceptionnel. D’ailleurs sur ce sujet la venue d’ Emmanuel Macron en juillet dernier a été déterminante, puisque nous avons obtenu le financement pour l’hôpital unique et le feu vert pour le projet de la quatre voies … Le Président a compris qu’il fallait soutenir notre ville sur la base du plan « Avenir Lourdes ». Je tiens aussi à remercier Carole Delga qui est une présidente de région très énergique, qui aime les Pyrénées et qui défend avec courage nos montagnes. Elle vient souvent nous voir et déploie concrètement des moyens. Elle aussi accompagne notre renouveau.

MJL 65 : Que va permettre ce plan « Avenir Lourdes » ?

TL : Il va soutenir une vraie vision pour l’avenir de cette ville avec l’évolution de la destination Lourdes axée sur la notion de bienveillance, une requalification urbaine avec la mise en place d’un schéma directeur urbain, et une mise en tourisme de l’ensemble de la ville. Je m’explique sur ce dernier point : le pèlerin doit devenir touriste et le touriste pourrait devenir pèlerin. L’un doit, l’autre peut. C’est donc toute la ville qui doit devenir touristique.

MJL 65 : Parlez-nous du jumelage entre Lourdes et Nevers …

TL : C’est un événement car ce jumelage correspond au respect de la réelle histoire de Bernadette Soubirous. Jusqu’à présent tous les maires de la ville ont voulu ramener la châsse de Bernadette Soubirous à Lourdes sans tenir compte des faits … Je compte donc clore ce débat avec le jumelage, car j’ai les écrits du Vatican, les dernières volontés de Bernadette. Il faut avoir l’honnêteté de reconnaître qu’elle a passé un tiers de sa vie à Nevers, et qu’il ne sert à rien que nos deux villes soient en compétition. Mon ambition est donc plutôt de les réunir et je serai d’ailleurs dans dix jours à Nevers. Nous allons initier avec le maire de Nevers, Denis Thuriot, un véritable partenariat entre nos deux villes en fédérant des moyens, et en menant des actions communes sur le sport et la culture.

MJL 65 : Pourquoi êtes-vous un ardent défenseur de l’hôpital commun ?

TL : Je revendique ne pas apprécier la démagogie de certains propos sur ce dossier. A ceux qui disent non à cet hôpital commun je leur dis qu’ils ont là en réalité un enjeu fondamental, celui d’offrir à notre territoire un véritable outil moderne et qualitatif de santé publique. Ce projet va permettre d’avoir une technologie appropriée aux attentes des professionnels, et de se doter d’un plateau technique de haut vol. Il ne faut surtout pas rater ce rendez-vous avec le monde médical de demain, et je vais même plus loin en proposant un pôle santé-sécurité … Nous pourrions en effet construire le SDIS (service départemental d’incendie et de secours) à côté du nouvel hôpital. Cela aurait du sens.

Thierry Lavit est devenu au département comme à l’agglo le monsieur « tourisme » du 65 – Photo : MJL 65