Un polar au cœur des Pyrénées

Rédac Mon Journal Local 65 | |
Alain Mila | Mon Journal Local
A.Mila, l'auteur qui met en scène les Pyrénées - Photo : DR
Temps de lecture : 3 minutes

Polar pyrénéen. Alain Mila, 55 ans, ancien avocat toulousain désormais installé dans nos Pyrénées à St-Pé-de-Bigorre, est devenu un écrivain qui sévit de plus en plus. Son dernier roman « La chute » (éditions A & H) est un polar nerveux qui se déroule dans des lieux connus de tous les bigourdans. On vous le conseille. L’auteur se confie.


Mon Journal Local 65 : Qu’est-ce qui peut bien conduire un avocat à quitter ainsi la robe pour l’écriture ?

Alain Mila : Il n’y a pas vraiment de déclic, j’ai toujours aimé écrire, déjà à 15 ans j’écrivais une chronique qui s’appelait « Jeunes d’aujourd’hui » dans le mensuel municipal de ma commune de Labruguière dans le Tarn qui s’appelait « Le Pylone ». Ensuite je n’ai pas vraiment cessé d’écrire notamment avec des chroniques publiées ci et là.


MJL 65 : Il n’y a donc pas eu un réel déclic ?

AM : S’il fallait trouver à tout prix un déclic, il serait je crois mon arrivée en Hautes-Pyrénées. Sérénité, douceur de vivre vous mettent en condition pour vous poser, réfléchir, imaginer, inventer, écrire dans une forme de retraite finalement, loin des affres toulousaines.


MJL 65 : Pourquoi des romans policiers après des ouvrages plus engagés, est-ce un hasard ?

AM : Non c’est un cheminement, « Esprit de cordée » sur les gendarmes de haute montagne est le fruit de recherches et d’une amitié que l’on retrouve dans la préface. J’ai voulu raconter une partie de vie de ces gens là, hors normes qui sont de véritables couteaux suisses, secouristes, guides de haute montagne, experts, enquêteurs. Quant à mon dernier polar « La chute », il fait suite à une nouvelle policière publiée en 2020, « 122-7 » qui un côté hitchcockien ; les victimes s’y succédaient alors que « La chute » est un roman posé sur l’enquête minutieuse de deux gendarmes, mais je n’en dis pas plus, je veux laisser le lecteur découvrir et s’imprégner de l’histoire.

Alain Mila interrogé par notre rédaction


MJL 65 : Avez-vous souvenir d’une lecture qui a marqué votre jeunesse ?

AM : Oui bien sûr mais deux lectures plutôt qu’une. Tout d’abord « Le rouge et le noir » de Stendhal, je trouve cette alchimie entre réalisme et romantisme extraordinaire. Julien Sorel en jeune homme héroïque, courageux et ambitieux, mais aussi de temps à autres en proie au mal-être et parfois anticonformiste. Ce roman date de 1830 et pourtant il n’a pas pris une ride. Ensuite il y a « La peste » d’Albert Camus. Il faut relire maintenant ce roman tant il offre une réflexion à la fois profonde et humaniste sur une société dont les droits sont restreints. Je suis toujours impressionné par l’actualité de cette allégorie au nazisme, à la haine, au fascisme comme des maux mortels et contagieux qui transforment les consciences et dont il y a tant de signaux de résurgence en cette orée de campagne présidentielle.

« Je regrette que la crise du COVID n’ait pas été un moment pour valoriser la lecture »

Alain MILA


MJL 65 : Quel est votre regard sur la culture aujourd’hui ?

AM : La culture sous toutes ses formes c’est une seule et unique chose : affirmer que les forces vives de notre pays sont inventives et capables de belles innovations. La création artistique et la création sociale sont intimement liées. Regardez par exemple le cinéma de Robert Guédiguian, c’est bien un lien absolu entre culture et vie sociale. Je regrette d’ailleurs que la crise du COVID et ses confinements n’ait pas été un moment pour valoriser la lecture en ayant comme cela se pratique déjà chez certains de nos voisins européens, une tarification réduite des frais postaux pour l’envoi de livres. Mais la culture n’a jamais été une priorité pour le libéralisme loin s’en faut, alors que tout au contraire Il faut aider la culture, c’est une arme de paix, une arme d’émancipation.

« La chute », un polar grand écran

Un cadavre, une enquête qui nous fait voyager, des passages empreints de mystère et des héros au psyché qui mérite d’être creusé. C’est un peu tout cela « La Chute ». Le rythme est enlevé, très dialogué, les mots sont ciselés et jamais inutiles dans ce roman qui répond parfaitement à tous les codes du polar d’aujourd’hui. Les fans notamment d’Olivier Norek y trouveront leur compte. Le démarrage est mené tambour battant, « Le lendemain le légiste confirma que la mort était due à une chute vertigineuse plutôt qu’à un passage à tabac », mais la vraie force de la plume d’Alain Mila c’est de prendre le temps de la description, d’installer la carte postale dans la prose : « Il y a encore une fine couche de neige sur les hauteurs pyrénéennes , des sommets du Pibeste-Aoulhet qui surplombent le Gave de Pau au-dessus de Saint-Pé-de-Bigorre ou l’on aperçoit par beau temps plein nord-est au loin le tarmac et la piste de l’aéroport de Tarbes-Lourdes … » Plus on tourne les pages, plus on avance dans la narration, plus on prend plaisir à se retrouver dans des endroits connus de tous les Pyrénéens : l’aéroport Tarbes-Lourdes (et son restaurant), l’hôpital de Tarbes, le marché Brauhauban, le château de Lourdes etc. Derrière le sang et les indices Alain Mila a bien du mal à dissimuler son amour du territoire, sa peinture d’un environnement qu’il affectionne tant est jubilatoire pour le lecteur bigourdan. Pour les autres suivez le guide. « La chute » est donc à lire au plus vite et on l’imaginerait volontiers également sur grand écran. Voici un récit qui a le don de nous faire défiler des images dans notre imaginaire, alors pourquoi pas rêver la caméra prendre le relais de la plume. Oui « La chute » présente tous les atouts pour une adaptation télévisée ou cinématographique. On en piaffe d’impatience.

Thomas Simonian